LE LICHEN PLAN ACTINIQUE

ETUDE ANATOMO-CLINIQUE DE 10 OBSERVATIONS TUNISIENNES

 

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Article publié dans les annales de Dermatologie : Ann. Dermatol. Venereol., 1994, 121 : 543-6


LICHEN PLANUS ACTINICUS

A CLINICOPATHOLOGIC STUDY 0F TEN TUNISIAN

PATIENTS

 

 


 

DENGUEZLI M., NOUIRA R., JOMAA B.

 

Service de Dermatologie, CHU Farhat Hached 4000 Sousse TUNISIE

 

 

Tirés à part : Dr. M. DENGUEZLI à l'adresse ci-dessus.

 


 

LICHEN PLAN ACTINIQUE

 

 

INTRODUCTION:

le lichen plan actinique (L.P.A.), éruption cutanée relativement fréquente dans les régions tropicales ou subtropicales reste pourtant un fait clinique peu connu, rarement rapporté dans nos publications. Cette forme particulière de lichen, rangée dans les dermatoses lichénoïdes trouve une place très marginale dans la littérature dermatologique internationale et les études faisant état de sa description clinique et de ses caractéristiques biologiques nous semblent peu nombreuses.

Cette dermatose très affichante, d'évolution bénigne, ayant pour cible les sujets jeunes surtout les grands enfants, pose un problème nosologique avec la lucite polymorphe et le lupus érythémateux et risque également d'être confondue avec les réactions lichénoïdes photosensibles d'origine médicamenteuse.

A la lumière de 10 observations que nous avons recensées dans notre consultation de dermatologie, nous nous proposons de faire une étude de cette affection et de préciser certaines caractéristiques cliniques et biologiques.

 

MATERIEL ET METHODES:

 

10 observations de L.P.A. ont été colligées dans notre consultation de dermatologie du CHU de Sousse sur une période de 5 ans de 1987 à 1992. Tous nos cas ont été documentés par un examen histologique pratiqué au laboratoire d'anatomie-pathologique du CHU de Sousse. Ils ont également bénéficié d'une étude en immunofluorescence directe et d'une recherche d'anticorps antinucléaires. Nos patients ont été suivis sur une période allant de 6 mois à 2 ans. Ont été exclus de cette étude, les patients ayant pris des médicaments photosensibilisants ou réputés provoquer des éruptions lichénoïdes ainsi que les patients ayant usé de cosmétiques ou appliqué des parfums dans les mois précédants l'éruption.

 

RESULTATS

 

Le CHU de Sousse draine la région du centre tunisien qui compte environ un million d'habitants. On estime donc l'incidence du L.P.A. à 2 nouveaux cas par an et par million d'habitants. La majorité de nos patients sont de jeunes adolescents. La moyenne d'âge est de 14 ans avec des extrêmes de 9 à 35 ans. On note une légère prédominance féminine avec 6 femmes pour 4 hommes. L'éruption est dans la plupart des cas asymptomatiques, le prurit n'étant présent que chez 3 patients. les lésions cutanées apparaissent au printemps et en été et sont localisées sur les zones exposées au soleil. Les sites de prédilection sont la face (9 cas), le cou et le décolleté (1 cas). Il n'a pas été noté d'atteinte des zones couvertes. Les muqueuses sont indemnes. Les aspects cliniques observés sont:

 

- Des plaques annulaires et pigmentées parfois disposées en vespertiIo dans 5 cas (Fig. 1) et (Fig. 4) .

 

- Des plaques annulaires brunâtres ou grisâtres avec un halo hypochromique, vitiligoïde dans 2 cas (Fig.2) .

 

- Des nappes pigmentées dans 3 cas (Fig. 3) .

 

Il n'a pas été observé de papules ou de plaques lichénoïdes typiques.

 

L'aspect histologique rencontré chez tous nos patients est celui d'un lichen plan avec cependant quelques

particularités (Fig. 5) .

 

- L'hyperkératose est constante avec dans trois cas une parakératose mais sans image de bouchons cornés folliculaires.

- L'épiderme est d'épaisseur normale ou parfois aminci dans 2 cas.

- La basale épidermique est vacuolisée dans tous les cas et il existe un infiltrat dense lympho-histiocytaire en bande sous épidermique grignotant la basale avec la présence constante de pigment mélanique dans le derme papillaire libre ou intramacrophagique.

 

L'îmmunofluorescence directe en peau lésionnelle et exposée était dans tous les cas négative ainsi que la recherche des anticorps antinucléaires. Il n'a pas été noté d'association avec une hépatopathie.

Le traitement a consisté chez tous nos malades à l'application de dermocorticoïdes niveau II ou III associé à une photoprotection externe. L1évolution est restée cependant émaillée de nombreuses récidives surtout pendant le printemps et l'été.

COMMENTAIRES:

Le L.P.A. est une variété distincte du lichen plan atteignant surtout les enfants et les adolescents avec une prédilection raciale nette pour les orientaux. Il est rapporté dans la littérature mondiale sous diverses dénominations ; lichen planus subtropicus (1), lichen planus tropicus (2), éruption lichénoïde estivale actinique (3), lichen plan annulaire atrophique (4); mélanodermie lichénoïde (5) et plus couramment, lichen plan actinique (6, 7, 8).

 

La majorité des cas proviennent des pays du moyen orient (pays arabes (2,6,8) et Israël (8,9)); cependant quelques cas ont été rapportés en Inde (10), Kenya (5), Afghanistan (8) et même dans les pays occidentaux (Italie (7) et Etats Unis (3, 4)). Cette dermatose est également fréquente au Maghreb (8, 11).

 

Le début des lésions survient généralement au printemps et l'été. Une amélioration, au prix d'une pigmentation séquellaire, voire une rémission complète, peuvent s'observer pendant l'hiver mais les récidives sont fréquentes les saisons ensoleillées ultérieures. Il atteint quasi exclusivement les régions exposées au soleil avec une nette prédilection pour la face. Le vermillon des lèvres peut également être touché (3, 11). Les aspects cliniques les plus fréquemment rencontrés sont:

 

- Des plaques annulaires et pigmentées (3, 5, 6, 7, 11). Le degré de pigmentation variant du bleu gris au brun foncé.

 

- Des nappes pigmentées évocatrices de mélasma (3,6,8, 12).

 

- Une forme dyschromique surtout observée sur le cou et le dos des mains (3, 5, 8).

 

- Des papules ou des plaques typiques de lichen plan peuvent également être associées (3, 6, 10).

 

- Et enfin, des lésions à type de granulomes annulaires (7).

 

Dans notre série les plaques prennent parfois une disposition en vespertilio ("lupus like"), tandis que chez deux de nos patients, les plaques sont soulignées par un halo hypochromique. Cet aspect est identique à celui décrit par Verhagen et Coll (5).

 

L'image histologique la plus fréquemment observée est celle d'un lichen plan (13). Cependant, katzenellenbogen (8) a rapporté également des aspects de lupus érythèmateux, avec une atrophie épidermique et des bouchons cornés folliculaires, de lucite ou de dermite radique, avec une altération du tissu élastique du derme superficiel. D'après Verhagen et Coll (5), les lésions histologiques varient d'une simple dermite non spécifique à celle d'une réaction inflammatoire lichénoïde. Cette multiplicité des aspects histopathologiques décrits dans la littérature est probablement secondaire à une sélection large des malades par l'absence de critères d'inclusion précis et homogènes dans toutes les séries. Toutefois, l'élément constant dans tous ces aspects est la présence de pigment mélanique dans le derme papillaire.

 

Nous avons retrouvé dans tous nos cas une image de lichen plan et nous pensons que tout autre aspect histologique devrait faire reconsidérer le diagnostic.

 

L'étude en immunofluorescence directe est négative ou montre une fluorescence des corps hyalins de Civatte telle qu'on l'observe au cours du lichen plan (3).

 

Certains auteurs (3, 8, 14) ont réussi à provoquer des lésions typiques par des phototests U.V.B. itératifs.

 

Le traitement reste mal codifié : de nombreuses modalités ont été proposées (dermocorticoïdes, protection solaire, antipaludéens de synthèse ...) (3, 6, 8, 11,15). La photochimiothérapie non utilisée chez nos malades, nous semble une bonne alternative.

 

Le cadre nosologiques précis du L.P.A. est controversé. Il se distingue du lichen plan par son siège prédominant aux zones photoexposées, par l'absence d'atteinte muqueuse, unguéale ou du cuir chevelu, par un âge de début plus jeune, par son caractère saisonnier, par l'absence de prurit et du phénomène de köbner et par sa prédilection raciale pour les orientaux. Par contre, son histologie lichénoïde typique retrouvée dans tous nos cas et l'association à des papules ou des plaques lichéniennes, notée par d'autres auteurs (3, 6, 10), le rapproche du lichen plan.

 

Le L.P.A. partage également avec le lupus érythémateux sa photodistribution et une disposition parfois en vespertilio, mais il s'en différencie par son aspect clinique (absence d'hyperkératose folliculaire, de télangiectasies, d'atrophie cicatricielle) et histologique (absence de bouchon corné et infiltrat inflammatoire plus haut situé dans le derme sans extension vers les annexes).

 

La distinction du L.P.A. avec le syndrome de chevauchement "lupus-lichen" parait parfois plus difficile. Dans tous ces cas, l'immunofluorescence directe permet de faire la différence entre ces pathologies en montrant la bande lupique caractéristique.

 

Enfin, la photodistribution, le caractère saisonnier, la prédilection aux pays fortement ensoleillés, la positivité des phototests suggèrent fortement le rôle du soleil dans la pathogénie de l'affection probablement sous l'influence d'autres facteurs génétiques ou environnementaux (alimentaires ou toxiques (2)). Ainsi l'affection pourrait s'inclure dans les photodermatoses.

 


 

REFERENCES

 

 

1- DILAIMY M.

Lichen planus subtropicus

Arch. Dermatol., 1976; 112, 1251-3.

 

2- EL ZAWAHRY M.

Lichen planus tropicus.

Int. J. Dermatol., 1965; 4, 251-4.

 

3- lSSACSON D., TLJRNER M.L., ELGART M.L.

Summertime actinic lichenoïd eruption (lichen planus actinicus).

J. Am. Acad. Dermatol., 1981; 4, 404-11.

 

4- NILES H.

Lichen planus atrophicus annularis.

Arch. Dennatol. Syph., 1941; 44, 1125-7.

 

5- YERHAGEN A., KOTEN J.W.

Lichenoïd melanodermatitis.

Br. J. Dermatol., 1979; 101, 691-8.

 

6- SALMAN S.M., KIBBI A.G., ZAYOUN S.

Actinic lichen planus

J. Am. Acad. Dermatol., 1989; 20, 226-31.

 

7- ZANCA A., ZANCA A.

Lichen planus actinicus.

Int. J. Dermatol., 1978; 17, 506-8.

 

8- KA'IZENELLENBOGEN I.

Lichen planus actinicus (lichen planus in subtropical countries).

Dermatologica, 1962; 124, 10-20.

 

9- DOSTROVSKY A., SAGHER F.

Lichen planus in subtropical countries.

Ardi. Dermatol. Syph., 1949; 59, 308-28.

 

10- BEDI T.R.

Summertime actinic lichenoïd eruption.

Dermatologica, 1978; 157, 115-25.

 

1l- ZAHAF A., FRAITAG S., SEVES~IRE H., REBEI S., SMADJA A.

Le lichen plan actinique : Sept observations tunisiennes.

Nouv. Dermatol., 1989; 8, 317-22.

 

12- AL FOUZAN A.S., HASSAB EL NABY N.H.

MeIasma-like (pigmented) Actinic lichen planus.

Int. J. Dermatol., 1992;31, 413-5.

 

13- MEHREGAN A.H.

Lichen planus actinicus IN pinkus guide to dermatopathology.

Fourth edition. Appleton-Century-Crofts- NORWALK-CONNECTICUT. P132.

 

14- VAN DER SHROEFF J.G., SCHOTHORST A.A., KANAAR P.

Induction of actinic lichen planus with artificial U.V. sources.

Arch. Dermatol., 1983; 119, 498-500.

 

15- SHEWACH-MILLET M., SKPIRO D., SOFER E.

Actinic lichen planus : treatment with antimalarials (letter).

J. Arn. Acad. Dermatol., 1990 ; 22, 325.

 


 

RESUME

 

Introduction : Le lichen plan actinique est une variété distincte du lichen plan atteignant surtout les enfants et les adolescents et présentant une prédilection raciale nette pour les orientaux.

 

Buts : Nous proposons d'étudier les caractéristiques cliniques et biologiques de 10 observations de L.P.A en passant en revue les données de la littérature.

 

Résultats : Notre étude concerne 10 observations tunisiennes colligées sur 5 ans. La moyenne d'âge est de 14 ans. c'est une pathologie surtout estivale avec topographie exclusive des lésions sur les zones photoexposées. L'aspect clinique prédominant et à type de plaques érythémato-brunâtres de configuration annulaire. Plus rarement, des nappes hyperpigmentées "melasma-like", peuvent également se voir. L'histologie est toujours lichénoïde.

 

Conclusion : Le lichen plan actinique pose un problème nosologique avec le lichen plan et le lupus érythémateux. La photodistribution des lésions, le caractère saisonnier estival, la prédilection aux pays fortement ensoleillés permettent d'inclure cette affection dans les photodermatoses.

 

SUMMARY

 

Background : Actinic lichen planus is a distinct variant of lichen planus involving mainly children and teenagers with racial predilection to orientals. The clinical and histopathologic features of actinic lichen planus in 10 tunisian patients were studied.

Results : The mean age was 14 year old. The eruption was distributed over sun-exposed areas, with particular predilection for the face. In most cases the lesions consisted of erythematous brownish plaques with an annular configuration. Less commonly, hypermelanotic patches, sometimes assuming a melasma-like appeararce, were present. The histopathologic feature consisted of a lichenoid dermatitis.

Conclusion : The cause of actinic lichen planus is unknown. Sunlight appears to be the major precipitating factor and therefore the disease would best be included among the photodermatoses.

 

Mots-clé : Lichen plan, lichen plan actinique, photosensibilité.

 

Key words : Lichen planus, actinic lichen planus, photosensitivity.

 


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Article publié dans les annales de Dermatologie : Ann. Dermatol. Venereol., 1994, 121 : 543-6

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